Ce sont les deux jeux les plus répandus au monde, et le choix entre eux détermine votre façon de lire pour longtemps. Ils ne s'opposent pas sur le sens des cartes : ils s'opposent sur la manière dont l'image vous parle.
La différence tient en une carte
Prenez le Cinq d'Épée.
Dans un Rider-Waite, vous voyez une scène : un homme au premier plan tient des épées et sourit, deux silhouettes s'éloignent de dos, le ciel est agité. L'image raconte une histoire — une victoire amère, une humiliation. Vous n'avez pas besoin de connaître la carte pour sentir de quoi il s'agit.
Dans un Tarot de Marseille, vous voyez cinq épées entrelacées dans un motif symétrique, avec des ornements floraux. Aucune scène, aucun personnage. L'image ne raconte rien : elle vous laisse devant un nombre, un élément, et un agencement.
Toute la différence est là. Le Rider-Waite illustre le sens ; le Marseille vous demande de le construire.
Ce que ça change concrètement
Avec le Rider-Waite, on lit vite. Les 56 arcanes mineurs sont illustrés, donc chaque carte se laisse deviner avant d'être apprise. C'est très confortable au départ, et c'est la raison de sa domination mondiale. Le revers : l'image impose son interprétation. Le Cinq d'Épée sera une humiliation, parce que c'est ce que le dessin montre.
Avec le Marseille, on lit plus lentement au début, parce qu'il faut deux clés plutôt qu'une image :
- le nombre, qui donne le mouvement — un As commence, un Cinq frictionne, un Dix achève un cycle ;
- la couleur, qui donne le domaine — Bâtons pour l'action, Coupes pour les émotions, Épées pour la pensée, Deniers pour le concret.
Cinq + Épées donne donc « une friction dans le domaine de la pensée » : un conflit, une parole qui blesse, une décision qui coûte. On retombe sur le même sens que le Rider-Waite, mais on y est arrivé par un raisonnement au lieu d'une lecture d'image. L'avantage, c'est qu'une fois les deux clés acquises, les 56 mineurs s'ouvrent d'un coup — au lieu de s'apprendre un par un.
Le vocabulaire diffère aussi
Deux détails qui déroutent quand on passe de l'un à l'autre. Dans le Rider-Waite, la Justice est la carte VIII et la Force la XI ; dans le Marseille, c'est l'inverse. Et les couleurs changent de nom : les Deniers deviennent des Pentacles, les Bâtons des Baguettes.
Ce ne sont pas des erreurs de l'un ou de l'autre, seulement deux traditions. Mais mieux vaut le savoir avant de comparer deux livres qui ne parlent pas du même jeu.
Lequel choisir
Prenez le Rider-Waite si vous voulez lire dès la première semaine, si les images narratives vous parlent, ou si vous comptez suivre des ressources en anglais — l'écrasante majorité s'appuie dessus.
Prenez le Marseille si vous préférez comprendre un système plutôt que mémoriser 78 images, si les scènes illustrées vous semblent trop dirigistes, ou si l'ancrage historique compte pour vous : c'est le jeu le plus anciennement documenté en Europe, et son iconographie appartient au domaine public.
Il n'y a pas de bon choix universel. Il y a le jeu avec lequel vous tirerez réellement, et celui qui restera dans son étui.
Pourquoi ce site a choisi le Marseille
Trois raisons, dont une purement pratique.
D'abord parce que le raisonnement se transmet mieux qu'une image. Nous pouvons vous expliquer pourquoi le Cinq d'Épée dit ce qu'il dit ; avec un jeu illustré, nous ne pourrions que décrire le dessin.
Ensuite parce que le modèle est dans le domaine public. Les illustrations de nos 78 cartes ont été dessinées pour ce site et ne reproduisent aucune édition existante — ce qui serait impossible avec un jeu sous droits.
Enfin parce que le Marseille laisse de la place. Un jeu qui ne raconte pas déjà l'histoire vous laisse la raconter.
Si vous voulez voir la différence par vous-même, le plus rapide est encore d'ouvrir une fiche : Le Bateleur pour un arcane majeur, le Cinq d'Épée pour un mineur. Puis de faire un tirage.